Emilie en voiture
Auteur : Titemilie / Révision 1 (Août 2009)
Une jeune fille encore sale doit s'équiper de couches pour traverser l'Europe
J'ai pleuré finalement lorsqu'il m'a fallu quitter ma mère, je n'ai pas voulu m'arracher à ses bras et elle a du me forcer, presque, à m'installer dans la voiture. Bordeaux-Bruxelles, 1000 km d'autoroute avec cette femme que je connais à peine. Pourtant j'ais moins peur de partir que je n'ai peur d'arriver. De me retrouver face à ce père dont j'ai presque oublié le visage depuis mes trois ans ; j'ai peur qu'il ne me reconnaisse pas, qu'il ne m'aime pas, qu'il ne comprenne pas que je l'appelle toutes les nuits depuis toutes ces années.
La nuit va bientôt tomber. Nous roulons depuis plusieurs heures, maintenant.
J'ai un peu mal au cœur et la tête qui me tourne, un peu comme lorsque je descends du manège des allées de Tourny et que je dois me retenir de ne pas tomber. Je somnole, la tête dodelinant contre le velours du siège arrière, ma couette droite écrasée contre la vitre, les paupières mi-closes fixant cette jeune femme silencieuse accrochée à son volant, les yeux rivés sur l'asphalte, cette femme que je connais à peine, qui me conduit vers mon père ; la sœur de mon père.
Je suis convaincu qu'elle me déteste, que j'incarne pour elle l'échec de son petit frère adoré, la culpabilité qui le ronge, son indignité de père. Je sais qu'elle n'aime pas ma faiblesse, mes crises de larme, mes colères, l'énergie frénétique que je mets à m'accrocher à ma mère. Elle ne fait tout ça que pour lui, parce qu'il le lui a demandé.
Je suis convaincue qu'elle a voulu m'humilier parce qu'elle ne m'aime pas, comme pour me faire comprendre que je ne suis pas digne de son frère. J'ai fait une crise de larme ce matin dans l'entrée quand elle a dit à ma mère qu'elle ne m'emmènerait que si je portais une couche ; qu'elle refusait de prendre dans sa voiture sans protection la petite fille qui s'était salie l'année dernière, entre Arcachon et Bordeaux, dans cette même Citroën grise, de retour de l'une de rares promenades qu'elle m'octroyait parfois. J'ai hurlé que je n'étais plus un bébé, que je ne mettrai jamais le Pampers plastifié qu'elle avait apporté avec elle, après l'avoir extrait du paquet vert qu'elle dissimulait sur le siège arrière de sa voiture. Je me suis prostrée dans l'entrée, refusant de monter dans ma chambre, de baisser ma salopette et ma culotte et de me laisser langer comme me suppliait de le faire ma mère ; elle qui ne veut jamais d'histoire, qui a toujours cédé, qui a peur de sa belle sœur comme j'ai peur d'elle.
Et puis elle a fait mine de partir. Elle a lancé tranquillement, me fixant droit dans les yeux, qu'elle avait mieux à faire, après tout, que de passer son week end à trimballer une petite emmerdeuse sur les routes d'Europe. Elle a fait mine de partir et j'ai vu, d'un coup, le visage de mon père disparaitre, sa silhouette se dissoudre dans l'horizon imaginaire que je fixais depuis des jours, le rêve et l'espoir de ces retrouvailles se briser d'un coup. Alors j'ai crié de nouveau, que je la mettrais, la couche, que je serais sage, que je serais la plus mignonne des petites filles, qu'elle ne m'entendrait pas, ne me remarquerait même pas, pourvu qu'elle me prenne avec elle. Et je suis montée piteusement derrière ma mère enfiler sous mes vêtements ce rectangle de plastique.
Je sens la couche entre mes jambes, sa chaude épaisseur qui me fait transpirer, la gène contre ma peau, l'humiliation qui ne m'a pas quittée depuis notre départ, après le déjeuner. Je ne suis plus un bébé. Je sais bien que je suis une enfant sale, que ma mère chaque matin, en un rituel immuable, baisse en silence dans la petite salle d'eau qui jouxte ma chambre mon bas de pyjama trempé par l'urine de la nuit, savonne avec douceur mon sexe, mes fesses et l'intérieur de mes cuisses pour ôter de ma peau l'odeur d'ammoniaque de mon pipi nocturne ; je sais qu'il m'arrive parfois de ne plus pouvoir retenir ces matières qui sortent de moi, lorsque j'ai refusé pendant des jours de les expulser, les renvoyant au fond de moi, mon petit ventre gonflé à m'en faire souffrir, contracté dans cet effort vain, les jambes arquées pour me donner de la force. Ce peut être n'importe où, à la maison, à l'école ou au supermarché. Le docteur dit que je n'y peux rien, que seule ma volonté de ne plus me retenir me permettra un jour de ne plus me salir... Les autres se moquent de moi à l'école. Les filles disent que je sens toujours un peu le pipi ou le caca, moi qui déploie tant d'effort à être coquette ; que c'est pour ça que personne ne vient jamais dormir chez moi.
Je sais tout cela, mais je ne suis pas un bébé et je refuse l'idée que l'on puisse m'obliger à porter une couche.
J'ai chaud et j'ai envie de faire pipi. J'ai de plus en plus envie et l'espoir depuis longtemps que l'on va s'arrêter, qu'elle m'emmènera aux toilettes, me permettra d'ôter pour quelques minutes au moins cette couche pour me soulager.
Je n'ose pas le lui demander. Nous n'avons pour ainsi dire pas échangé un seul mot depuis notre départ mouvementé de Bordeaux. Je sais que je devrais, comme le font tous les enfants du monde, mais je n'ose simplement pas me manifester. J'ai croisé mes jambes sur le rehausseur, resserré mes cuisses comme une digue ultime, consciente que je ne pourrais sans doute plus me lever sans provoquer de désastre mais soulagée malgré tout de pouvoir le retarder un peu. Je sens des larmes monter dans mes yeux et je ne veux pas pleurer. Je ne veux pas non plus me faire pipi dessus. Je ne veux pas lui donner raison. Je sens des larmes monter dans mes yeux à mesure que s'échappe par petits jets réguliers des filets d'urine, maintenant. Je sais que si j'avais porté une petite culotte, le point de non retour aurait été atteint, désormais, le coton irrémédiablement imbibé, une large auréole humide sur le derrière de ma salopette. Je le sais et cette idée me rassure en même temps qu'elle m'angoisse. Mais je me répète inlassablement, je finis par me convaincre que je ne fais pas vraiment pipi dans ma culotte, que je ne fais qu'utiliser ce pour quoi on m'a équipée, tandis que la digue lâche et que je sens le liquide brûlant se déverser de moi, se faufiler dans ma couche, dégouliner le long de mes fesses puis, comme un miracle, disparaitre dans les alvéoles ouatées de la couche, me laisser soudain dans la chaleur humide mais presque sèche de ce paquet d'ouate et de plastique gonflé entre mes jambes.
La couche pleine m'oblige désormais à garder les jambes légèrement écartées, dans cette position de petite grenouille qui me fascine chez les bébés. Je baisse doucement la tête vers mon entre-jambe. Le miracle s'est produit. Pas la moindre petite goutte n'est venue assombrir le coton rose pâle de ma salopette. Je glisse délicatement ma main droite entre mes fesses et le siège pour m'en assurer. C'est chaud, presque brûlant, mais sec. S'il n'y avait désormais la gène entre mes cuisses de la couche gonflée, je pourrais me convaincre qu'il ne s'est rien passé.
J'ai perçu le bruit du clignotant, puis le ralentissement soudain de la voiture ; au loin, clignote familièrement l'enseigne bleue et rouge de Total. Je n'y songeais plus et cet arrêt m'angoisse soudain. - je suis crevée. On s'arrête dix minutes pour souffler un peu. Ce sont ses premiers mots depuis notre départ. Sa voix est forte, couvrant le ronronnement de la radio qui me berçait.
- Tu n'as pas envie de faire pipi, Emilie ? - Si. C'est un tout petit si, mais un si quand même. Il n'a pas de sens, je le sais, mais je me berce un peu de l'illusion qu'elle n'en verra rien. Que je suis sèche, après tout, et qu'elle ne remarquera rien. - Depuis le temps, c'est vrai. Je vais te libérer cinq minutes de ta couche pour aller aux toilettes. Elle a arrêté la voiture sur l'aire de repos, loin des pompes et du magasin illuminé, juste devant la petite guérite qui abrite les toilettes sommaires de la zone de pique-nique. Elle a ouvert la porte arrière et voudrait que je me déshabille là, debout derrière la portière, pour pouvoir gambader seule vers les toilettes. Je suis debout face à elle. Je sens que la couche lourde, chaude, gorgée d'humidité pend déjà un peu entre mes cuisses. Je perçois aussitôt l'illusion qui a été la mienne. Elle l'a senti aussi, immédiatement, en glissant les mains sur le coton blanc de ma petite culotte pour la baisser vers le sol ; il y a la taille déraisonnablement gonflée, il y a la couleur légèrement jaunie sur le devant, et puis l'odeur, aussi, ou se mêlent le plastique et l'urine, l'odeur de la couche mouillée, de la peau moite et un peu collante. Elle a ri. Comme si elle tenait là sa victoire. Puis elle me fixe ironique.
- Tu parles d'une gamine ! Je comprends que tu n'ais pas demandé plus tôt. C'est bien plus confortable de se souiller comme un bébé... - j'l'ai pas fait exprès. J'ai balbutié tout bas cette excuse pathétique. Je sais qu'elle ne sert à rien, qu'il aurait mieux valu que je demeure silencieuse pour désamorcer son ironie.
- Tu parles ! c'est tout toi, ça ! trois heures en voiture et c'est l'inondation ; quand je pense que ta mère te soutenait presque, je me félicite de ma décision. Mademoiselle n'est pas assez grande pour voyager sans protection. Je suppose que tu n'as plus besoin d'aller aux toilettes, en fait ? je me trompe ?
- Euh, non, c'est plus la peine... c'est plus la peine. J'le referai pas, c'est vrai.
J'ai parlé tout bas, presque murmuré. J'ai tellement peur de son regard qui me juge, tellement honte de ma défaite. Je mens. J'aurais bien aimé aller aux toilettes, refaire pipi, un peu, essayer de pousser aussi, de libérer mon petit ventre qui me fait mal depuis une heure. Mais je n'ose rien dire. J'ai honte d'être ainsi, exposée le cul nu sur le goudron chaud, ma couche salie à mes pieds, comme une toute petite fille. J'ai vu, derrière moi, ce petit garçon de six ou sept ans qui me fixe stupéfait, depuis la table de bois de l'aire de pique-nique, qui ne perd pas une miette de mon humiliation et je voudrais ramper sous la voiture, disparaitre pour toujours. Alors je dis non, que ce n'est plus la peine, que l'on peut repartir maintenant. Et elle me croit sur parole, trop pressée d'en finir, de m'écarter de sa vue, de s'éloigner quelques minutes fumer sa cigarette.
- je te laisse ta culotte, maintenant que tu t'es vidée. Tu vas pouvoir tenir une heure, mademoiselle « j'l'ai pas fait exprès » ? On couchera à l'Ibis de Tours Nord, c'est pas loin. Tu vas pouvoir tenir ?
- euh, oui, je vais tenir. - Alors on va faire un test, ok : Emilie est-elle capable de ne pas se salir pendant une heure ?
- J'ai plus envie. Je vais remonter ma culotte, elle est sèche.
J'ai balbutié ces paroles, encore, et d'un geste rapide saisi ma petite culotte et ma salopette pour les remonter le long de mes jambes, comme pour oublier tout cela. Je me rhabille avec violence, avec colère contre moi et contre le monde entier. Puis je me rassoie dans la voiture en attendant qu'elle finisse sa cigarette et que nous reprenions la route, le regard braqué sur l'appui tête de devant, fixe, vide, troublé par les larmes.
De nouveau le ronronnement doux du moteur, ce léger malaise qui me prend dés que l'on roule, l'ennui de l'autoroute, plongée dans le noir, la violence des phares qui nous doublent et que je vois se refléter dans le rétroviseur. Son silence, de nouveau, après l'irruption d'ironie de la pause. Son silence accablant, tandis que je rumine ma honte et ma colère. Même pas le soulagement de ne plus être en couche, de retrouver la sensation de la peau qui respire, du coton tissé, des jambes que l'on remue librement. Je somnole de nouveau, je me prends à rêver à Bruxelles, à ce que l'on m'en a dit, je projette cent fois l'image de la carte postale de la Grand Place, la seule que m'ai jamais adressée mon père, pour mes six ans, froissée, salie sous mon oreiller d'avoir été trop regardée, sentie, scrutée comme pour un percer un petit peu du mystère qui le nimbe.
Je sais que j'aurais du aller aux toilettes. Je m'en veux de ma lâcheté, de la colère aussi qui m'a fait refuser. Je sais que j'aurais du y aller car l'envie est là, désormais, puissante, intense. Ce n'est plus le pipi que l'on retient en serrant les cuisses, en croisant fébrilement les jambes. C'est cette matière qui veut sortir de moi, que je retiens depuis trois ou quatre jours et qui veut sortir de moi, maintenant, qui sera plus forte que moi aujourd'hui, je le sais déjà. Je m'en veux car je sais que je n'oserai pas lui demander que l'on s'arrête de nouveau. Alors je prie en moi même d'être capable de tenir une heure, jusqu'à l'hôtel, jusqu'à la délivrance des toilettes de la chambre. Je déteste cette faiblesse qui m'envahit dans ces cas là, ces jours ou je sais que mon corps vaincra mon esprit, ma volonté aussi vaine que farouche de tout garder en moi. Je sais que mon corps vaincra. Je voudrais juste qu'il attende encore un peu.
Je me concentre sur la route, sur les panneaux qui défilent, sur les camions que l'on double dans un grand mouvement d'air. Je me concentre pour ne pas penser à la pression sur mon anus, au petit muscle élastique qui se dilate doucement, à la panique qui me prend maintenant, de ne plus être en couche. J'ose demander si l'on est encore loin. La réponse est lapidaire, sèche, sans chaleur. Nous arriverons à huit heures. Il est sept heure et demie passé. Je croise et décroise les jambes de nouveau, je respire et essaye de penser à autre chose. Je glisse inutilement ma main sous mes fesses, comme pour retenir ce qui finira par sortir. Je soulève doucement mes fesses du siège. J'ai l'impression que si je pouvais me mettre debout, ce serait moins difficile. Mais je ne le peux pas, évidemment, mon corps bloqué par la ceinture. Je sens que je me salie. Je sens qu'un tout petit pet à accompagné l'irruption d'une première petite boule de caca. Je le sens parce que c'est un peu chaud, un peu gras entre mes fesses et que quelque chose de dur, de petit mais de dur, vient gêner mon assise. C'est tout petit, et c'est peut être tout. C'est tout petit vraiment et je voudrais croire que c'est tout. Je voudrais le croire et je sais que ce n'est rien encore.
Elle a agité sa main devant son visage, comme pour chasser la première manifestation de mauvaise odeur. Elle agité sa main et m'a lancée :
- tu as intérêt à te retenir, Emilie.
Comme si elle m'avait percée à jour, comme si elle savait mes souffrances depuis le début.
- j'ai un peu pété.
Je dis ça tout doucement, encore, honteuse. Je le dis à l'école parfois et chacun sait bien désormais que mes petits pets annoncent les grands cataclysmes. Cette remarque ne m'attire plus que les rires et les moqueries, et l'attente amusée aussi de ce qui advient toujours. Mais elle ne le sait peut être pas.
Un peu de caca est sorti encore. J'ai glissé ma main entre ma salopette et ma culotte et je l'ai senti, là, petite boule chaude et molle logée entre mes fesses. Je sais maintenant que ma position assise me sauve, que cette petite masse chaude comprimée entre mes fesses et le fauteuil vient arrêter le flux qui voudrait sortir. Je sais aussi qu'il est trop tard. Que ma culotte est souillée, évidemment. Que quelque soit la suite, une tâche marron grasse et collante la macule déjà, macule peut être déjà le coton rose de ma salopette. Mais j'espère encore que je pourrais le gérer seule, qu'elle ne verra rien. Lorsque l'on arrivera, je me précipiterai aux toilettes, je me nettoierai, je sais le faire, je le fais parfois aux toilettes de l'école. Et puis je roulerai ma petite culotte en boule et la glisserai dans le fond de mon sac. Maman m'en a mis une neuve pour demain et je la sortirai dés ce soir. Elle ne verra rien, c'est sûr. Je soupire. Je serre les fesses de toutes mes forces. Je glisse de nouveau ma main sous mes fesses, comme un rempart désespéré, puis la retire aussitôt ; j'ai senti la chaleur, déjà, à travers la salopette. Je crains qu'elle ne soit tâchée. Une larme coule, que je sèche vite.
La voiture est sortie de l'autoroute. Je ne l'ai pas remarqué, prisonnière de ma lutte contre mes intestins en rébellion. Elle ralentit, tourne dans la zone industrielle, puis s'arrête devant la bâtisse éclairée de jaune de l'hôtel. Nous passerons la nuit là avant de reprendre la route demain matin. Elle n'a pas le courage de continuer encore six heures, comme elle l'avait envisagé. Je détache ma ceinture. Je voudrais me précipiter mais j'essaye d'avoir l'air calme, de ne pas provoquer le désastre. Elle sort nos petits sacs du coffre avant d'aller m'ouvrir. Elle me fait presque un sourire, le premier du voyage. Je me lève doucement. Nous sommes sur le parking, à une vingtaine de mètres de l'entrée éclairée. Je sais que je ne tiendrai pas jusqu'à la chambre, que je ne pourrai attendre au comptoir de la réception que l'on nous donne la petite carte magnétique qui ouvrira notre chambre. Je me mets debout et me risque, buttant sur les premières syllabes, comme si je bégayais ; - est-ce que... est-ce que je peux aller aux toilettes tout de suite, avant la chambre ?
- tu as tellement envie ? tu t'es trempée il ya une heure ! Tu ne peux pas tenir cinq minutes ?
- non, je voudrais aller vite aux toilettes, je crois que je suis un peu malade - il doit y en avoir dans le hall, mais retiens toi hein !
Il ya eu comme de la menace dans sa voix. Le sourire s'est évanoui
Elle me prend par la main, non par affection, mais par exaspération, comme pour me faire aller plus vite. Je fais quelque pas en essayant de la suivre et je comprends en un instant que je n'y arriverai pas. Je sens que chaque pas ouvre un peu plus les vannes, qu'à chaque pas du caca sort de moi, que chaque pas remplit un peu plus ma culotte d'une pate molle, brûlante, gluante que je sens se rependre dans ma petite culotte. Je me souille, c'est trop tard. Je ne pourrai pas tenir jusqu'aux toilettes du hall, je ne pourrai pas m'épargner la honte de m'être fait caca dessus devant elle, de cet énorme étron qui envahi tout, se faufile entre mes cuisses, brulant, gluant, dévastateur comme la lave d'un volcan. Je m'arrête soudain. Je ne peux plus faire un pas. Je suffoque dans mes larmes et ma morve. Et c'est l'irruption de violence ; - tu n'as pas fait dans ta culotte ? Emilie, tu ne t'es pas fait dessus ? Tu ne viens quand même pas de faire dans ta culotte, là, sur le parking ?
- ... Je suis incapable de répondre un mot, incapable de la regarder, perdue, les jambes flageolantes, légèrement fléchies vers l'arrière comme pour me protéger de la masse lourde qui remplit ma culotte, la main droite vainement posée contre mes fesses, chaude et humide déjà.
- Ne me dis pas que tu viens de te faire dessus comme un bébé de deux ans, Emilie ? sa voix est plus forte, désormais. Mais ce n'est pas possible ! Elle incroyable, cette gamine, elle me rendra folle.
Elle me tape sur les fesses, deux fois, sa main sur mon derrière souillé, qui écrase la masse gluante que je sens s'étaler partout dans ma culotte, vers l'avant, envahir ma zezette, déborder d'un coup des élastiques de la culotte pour couler entre mes cuisses dans la salopette, sous l'effet du choc. Je sanglote, je pleure bruyamment désormais. Ma vessie me lâche, alors. Je fais pipi dans ma culotte, pipi dans cette pâte gluante qui me souille déjà devant aussi. - mais je n'ai jamais vu une cochonne pareille ! Dis moi que je rêve, Emilie, que tu n'es pas là, devant moi dans ton caca, à me faire honte ! Et à te pisser dessus en plus ! Comment allons-nous faire, maintenant ? Tu me fais honte ! Si ton père te voyait, d'ailleurs il te verra demain et il sera édifié. Pauvre Christian, avoir fait une pareille cochonne ! Tu me fais honte !
Elle a frappé de nouveau. Elle doit s'essuyer la main contre un kleenex. Si elle s'est salie la main, c'est que le caca a transpercé le tissu de la salopette, c'est qu'une grosse tâche marron et humide doit orner mes fesses, désormais. Elle est furieuse, peine à se reprendre. Je m'effondrerais pour un peu, le visage couvert de mes larmes, hoquetante. Puis elle m'entraine, comme calmée, animée d'une colère froide désormais. - nous allons prendre cette chambre, maintenant, et vite et tu vas entendre parler de ça. Tu vas me faire la honte de ma vie, à t'accrocher à moi avec ton pantalon dégouttant, comme si j'étais une clocharde accompagnée d'une demeurée. Je te prie de ne pas te donner en spectacle, en plus. Arrête de pleurer, tu fais déjà assez pitié comme ça.
Nous entrons dans le hall violemment éclairé. Je sens les regards converger vers le couple que nous formons, cette femme visiblement hors d'elle qui traine derrière elle une petite fille au visage ravagé par les larmes, marchant péniblement, entravée par une salopette souillée dont on ne voit plus que la masse visqueuse qui en macule l'arrière et les longues traînées d'urine le long des jambes. Le réceptionniste feint de ne rien remarquer, sans un mot de réconfort pour moi qu'il voit sangloter silencieusement, géné sans doute par le spectacle que nous offrons, par l'odeur insupportable de caca frais que je traine derrière moi.
Notre chambre est au premier. Le miroir de l'ascenseur m'offre mon premier regard sur mon état pitoyable. Je me glisse dans un coin, tremblante, le nez contre la cloison. Je voudrais ne pas sortir lorsque l'ascenseur arrive à l'étage.
La chambre est petite, surchauffée par le soleil qui a tapé toute la journée contre la grande vitre du fond, huis-clos insupportable. Je voudrais m'enfuir, même dans cet état, me perdre le long de l'autoroute, courir jusqu'à la maison, jusqu'à ma mère qui seule comprend, qui seule trouve les mots, fuir cette femme qui me déteste et à qui je viens d'offrir les plus beaux arguments. Elle ne m'adresse plus un mot, depuis la réception. Elle me traine violemment jusqu'à la salle de bain, baisse d'un air dégoutté ma salopette maculée et reste à contempler longuement ma culotte, jadis blanche, désormais envahie d'un pâte liquide et visqueuse ou se mêlent le caca et l'urine. Je sens l'odeur âcre et sucrée de mon caca d'enfant monter jusqu'à moi. Je sens qu'elle baisse les bras, voudrait ne plus avoir à s'occuper de ça. Je voudrais lui dire que je vais le faire, que je sais le faire, mais que j'en suis incapable. Et puis c'est trop, je ne saurais pas gérer cette catastrophe, redevenir la petite fille que je rêve d'être, jolie pour son père qu'elle découvrira demain.
- je devrais te laisser plantée là, dans ton caca, et me tirer, tu sais. Je ne vois pas pourquoi je dois en plus me coltiner ça. Je ne suis pas ta mère, tu n'es qu'une cochonne et tu mériterais de rester plantée comme ça et de te débrouiller. Je pleure de nouveau, je ne sais si elle va le faire vraiment. Si je suis plus soulagée à l'idée qu'elle parte qu'angoissée à la perspective de me retrouver seule, incapable de me sortir de ce bourbier. Mes larmes doivent lui inspirer un instant de pitié. Elle me regarde et entreprends de baisser ma culotte, en prenant soin de ne pas maculer mes jambes plus qu'elles ne le sont déjà. Elle glisse la culotte dans un sachet hygiénique et la jette avec mépris dans la poubelle. Puis elle passe avec rage plusieurs morceaux de papier sur mes fesses conchiées, du papier qui ressort noir de caca et qu'elle jette rageusement dans la cuvette des toilettes. Du papier qu'elle glisse sans douceur entre mes cuisses, sur ma zezette aussi, qui racle la masse collante qui les macule, mais laisse derrière lui de longues traînées marrons et sales sur ma peau, sur mes fesses, l'intérieur de mes cuisses et jusque sur mon bas ventre. - tu te doucheras plus tard. Je veux y passer avant, avant que tu ne salisses toute la douche. Mais je vais manger, maintenant. Alors tu te colles ça sur les fesses et tu m'attends. Couches-toi, tu n'as pas mérité de manger et je préfère rester seule. Couches-toi en attendant et colles toi sur les fesses pour ne pas me salir le lit.
Elle m'a jetée au visage un pampers sortie de son sac. Et puis elle a quitté la pièce. Je me sens sale, encore, mais je déplie tant bien que mal la couche propre et tente de me glisser dedans. Je ne me suis jamais langée de ma vie et je me perds dans l'opération, positionnant les scratchs adhésif au mauvais endroit, incapable de les attacher. Je retourne la couche, déjà maculée, puis finis par la fixer, maladroitement, un peu pendante entre les jambes. Sans un regard pour ma salopette souillée qui traine sur le carrelage de la salle de bain, je me jette sur le lit, sanglotant, épuisée, les fesses sales encore un peu collante contre le voile de la couche, et m'endors sans même attendre qu'elle ait regagné la chambre.
Je me réveille en larme, le jour filtre à travers la fenêtre, ce doit être l'aube déjà. Je pleure de nouveau, comme si j'avais pleuré toute la nuit, écrasée de sommeil pourtant. Je sens la couche gonflée entre mes jambes, la couche seule, sans que nul n'ait songé à me glisser un pyjama. Je sais que je l'ai mouillée et au fond, je me sens presque soulagée qu'il en soit ainsi, que je n'ai pas en plus à affronter ce matin les draps humides et le coton détrempé de mon pyjama. Je sens que je suis sale, encore, que le voile de la couche adhère à mes fesses, aux trainées de caca séché qui sont demeurées de mon accident de la veille.
Elle dort à côté de moi. Elle ouvre un œil et doit mettre un instant à réaliser que je suis là, moi aussi, à ses côtés. Elle se retourne ; balbutie quelques mots dans un demi sommeil. Puis elle se tourne de nouveau vers moi et me regarde.
- tu as bien dormi, Emilie ?
Il y a dans sa question comme de la sincérité, comme de la gentillesse, comme si elle pouvait imaginer que j'avais passé auprès d'elle autre chose qu'une terrible nuit, de détresse et de cauchemars. Je ne sais même pas si je dois lui répondre, si le son de ma voix seulement ne va pas déclencher, comme hier, sa fureur et sa méchante ironie. Je referme les yeux.
- tu sais Emilie, je suis désolée de ce qui s'est passé hier.
Je la regarde fixement, maintenant, cherche à déceler le piège.
- je me suis énervée contre toi, j'ai été injuste. Je t'ai dis des choses que je ne pensais pas et je sais que tu es très malheureuse. Je les ai dites parce que j'en veux à ta mère, mais ce sont des histoires de grandes personnes qui te regardent pas et qui n'auraient pas du retomber sur toi.
Je demeure muette, mes yeux dans les siens, mes larmes coulant toujours sur mon visage. Elle a posé une main sur mon dos. Je la sens qui caresse mon dos à travers le tissu de mon t-shirt, remonte doucement le long de ma colonne vertébrale.
- je sais que tu ne l'as pas fait exprès, hier, je le sais maintenant, mais je ne l'ai vraiment su qu'en ramassant dans la salle de bain tes vêtements salis, hier soir. Tu étais déjà endormie. Je ne sais pas pourquoi je me suis mise dans cet état. J'aurais voulu te le dire hier soir, mais je n'ai pas eu le courage de te réveiller. Tu es toujours triste Emilie ?
- oui. C'est la première parole que j'ose prononcer.
- Je peux faire quelque chose pour t'aider ? pour me faire pardonner ?
- Non, je suis triste parce que tu as raison, parce que je n'arriverai jamais à être jolie... à ce que mon papa m'aime.
Elle me fixe intensément. Je vois presque des larmes dans ses yeux à elle, maintenant. Elle me prend la main et la serre fort.
- Tu y arriveras, Emilie, parce que s'il t'aime, et je sais qu'il t'aime, il t'aimeras comme tu es, il saura accepter tes faiblesses et c'est grâce à ça que tu les vaincras. Je ne peux m'empêcher d'ébaucher un petit sourire à ses paroles qui coulent en moi comme du miel. Elle me souri aussi, puis se redresse sur le lit devant moi.
- alors on va faire un truc : je vais te faire couler un bain, je vais te nettoyer et tu vas sentir bon, mettre de la crème sur tes petites fesses abimées, on va choisir tes plus beaux vêtements, prendre un vrai petit déjeuner toutes les deux. On va s'arrêter toutes les heures pour que tu n'ais pas d'accident, pour que tu ne t'angoisses pas avec ça, pour que tu arrives à Bruxelles comme la plus jolie des princesses. Tu vas te dire aussi que toutes les princesses de la terre ont fait pipi et caca dans leur culotte quand elles étaient petites et que ça ne les a pas empêché de rencontrer le prince charmant. Et moi je suis certaine que si un prince charmant passait par là, aujourd'hui, maintenant, il ne pourrait jamais oublier le sourire que tu viens de me faire.
Et elle m'a tendue la main. Je l'ai toujours dans la mienne.


